II. Les usages et les pratiques des publics.

A présent, nous allons étudier les usages et les pratiques des publics, qui sont de plus en plus impliqués dans le développement des médiathèques.

Dans un article intitulé « Les médiathèques pour tous ? »1, Cécile Rabot insiste sur la persistance des inégalités sociales dans les médiathèques. Nous l’avons vu précédemment, les médiathèques sont des institutions culturelles qui ont comme missions de démocratiser l’accès aux savoirs et aux cultures, dans ce sens, elles luttent contre l’inégalité entre les individus. L’inégalité se creuse entre les individus d’une société en partie à cause d’un manque de connaissances, de savoir. En donnant accès gratuitement et de manière égalitaire au savoir, les médiathèques contribuent à promouvoir l’égalité entre les personnes. Cependant, Cécile Rabot souligne dans son article paru dans la revue Informations sociales en 2015, la persistance d’inégalités dans l’accès aux médiathèques. Les bibliothèques sont les institutions culturelles les plus fréquentées, avec 17% de la population française inscrite dans une bibliothèque en 2015.

Les différents abonnés de la médiathèque L’Ourse

La lecture est une « pratique culturelle de première importance » selon cette universitaire car elle permet de découvrir de nouveaux horizons et offre de nombreuses expériences qui permettent le développement de la conscience et de la réflexion d’un individu. Les bibliothèques dites de « lecture publique » sont donc essentielles pour développement une politique culturelle qui promeut cette ouverture de l’esprit. Leur financement par les collectivités témoigne d’un engagement à l’échelle nationale pour permettre la démocratisation de la lecture et des connaissances. En donnant accès gratuitement et librement à leur ressources documentaires mais aussi à des postes informatiques comme à la médiathèque L’Ourse, les institutions se montrent désintéressées et profitent au plus grand nombre. Comment expliquons-nous alors que des inégalités subsistent entre les individus ? L’inégalité est d’abord dans l’accès à ces institutions, en effet, les personnes abonnées à une bibliothèque sont souvent ceux qui s’y sont rendus dès leur enfance. La fréquentation des bibliothèques est différenciée socialement, tout comme la lecture, la gratuité et le maillage du territoire ne permettent pas de lutter totalement contre ces inégalités sociales. Ce sont généralement les classes sociales les plus hautes qui vont habituer leurs enfants à fréquenter des bibliothèques et donc, par la suite, à imiter le modèle familial en s’inscrivant par soi-même en bibliothèque. La démocratisation culturelle est donc inaboutie car il existe un « coût d’entrée social » selon Cécile Rabot qui empêche les personnes les plus modestes de se rendre dans ces institutions culturelles. La méconnaissance des offres et des règles de fonctionnement de la structure explique ce sentiment de ne pas être à sa place dont font part certaines personnes modestes dans les entretiens approfondis menés en 2014-2015 par l’association Lecture jeunesse, avec le soutien du ministre de la Culture. Ces dernières personnes ont souvent encore en tête la vieille image des bibliothèques qui ne fait que conserver et qui est dédiée à des activités intellectuelles qui ne seraient pas pour eux. Les médiathèques doivent donc lutter contre des obstacles qui sont plus de l’ordre du symbolique que du pratique pour intégrer de nouveaux publics en leur sein. Pour lutter contre ces obstacles, les bibliothèques et les médiathèques peuvent mettre en place des initiatives locales pour rapprocher les bibliothèques des publics éloignés.2 Lors de mon stage à la médiathèque L’Ourse, on m’a parlé d’un partenariat avec l’association « médiathèque à ma portée » dont le but est d’amener les livres aux personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer mais cela ne permet pas d’intégrer les « non-publics », c’est-à-dire ceux qui ne viennent pas à la médiathèque parce qu’ils ne se sentent pas à leur place. Pour les intégrer il est nécessaire de leur présenter les institutions culturelles comme les médiathèques dès leur plus jeune âge avec par exemple des visites de la structure dans le cadre d’une sortie scolaire. Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place des partenariats avec des écoles. La responsable de l’Espace enfance Anne Le May, est celle qui s’occupe en majorité de l’accueil des classes. Elle accueille 24 groupes, six fois par an pour leur faire découvrir la médiathèque et leur faire faire des ateliers pour que les élèves prennent goût à la lecture et découvre d’autres cultures. Une liste est faite en début d’année avec les écoles (avec l’école maternelle Jules Vernes notamment), des groupes de 15 à 30 élèves maximum sont constitués et ils sont encadrés par deux adultes responsables en plus d’un adulte de la médiathèque. Ces sessions de découvertes organisées en partenariat avec les écoles de la ville sont complétées par des ateliers réguliers pour les enfants, notamment le mercredi après-midi ou lors des périodes de vacances scolaires. L’atelier d’écriture musical en faisait par exemple partie, il a eu lieu lors des vacances de février et il a permis de faire découvrir à une dizaine d’enfant le chant lyrique.

Nous l’avons dit également, les médiathèques sont des lieux de sociabilité qui s’éloignent de plus en plus de l’ancienne image de la bibliothèque comme un lieu de conservation. Il y a certes des milliers de ressources documentaires qui sont stockées dans les bibliothèques et les médiathèques mais celles-ci doivent prendre soin de mettre à jour leurs collections grâce au désherbage pour valoriser les ressources qui sont le plus susceptibles d’intéresser les usagers. Ces derniers doivent donc se sentir à leur place comme le témoigne la notion de bibliothèque « troisième lieu » mais ils ne sont plus seulement passifs, de plus en plus les médiathèques leur donnent un rôle actif en les impliquant dans leur fonctionnement. Les nombreux partenariats avec la Croix-Rouge ou encore l’école de musique, témoignent de l’importance que le personnel de la médiathèque de Dinard accordent à l’implication des dinardais dans le développement de la médiathèque. Cette implication des usagers de la médiathèque est visible également dans ses collections. Le fonds Jacques Erwan témoigne bien de cette implication des usagers dans le développement des collections de la médiathèque. Ce fonds est constitué d’une dizaine de CD de musique celtique principalement et est un don de la part d’un usager. Il est valorisé dans l’Espace musique et cinéma en étant mis à part des autres ressources audiovisuelles. La nouvelle structure est donc représentée comme un lieu de regroupement culturel qui valorise les travaux et les inventions des habitants de la ville et cela permet d’attirer de nouveaux publics qui pourraient être intéressés par cette nouvelle dimension de l’usager actif. Pour développer cette dernière notion, le personnel de la médiathèque de Dinard met en place de nombreux ateliers de décoration qui permettent de changer la décoration de la salle d’exposition plusieurs fois par mois et celle de l’Espace enfance une fois par an. Anne Le May fait tout au long de l’année des ateliers de découpage et de collage avec les enfants et avec les classes, ce qui leur permet de découvrir les travaux manuels et dans le même temps de s’impliquer à leur échelle dans la médiathèque. Ces petits ateliers permettent au final de changer le décor de l’Espace enfance car Anne décore l’espace avec les créations des enfants qui répondent à un thème qu’elle a préalablement définit. Ensuite, pour répondre aux attentes des adolescents, qui pourraient être tentés de déserter les médiathèques à cause du développent du numérique, la médiathèque de Dinard met en place depuis quelques années déjà des tournois de jeux vidéos comme les « tournois Fifa » pour attirer les jeunes mais aussi pour améliorer leur confiance en soi et la cohésion entre équipe. Cela permet également de les faire entrer dans l’enceinte du lieu et de leur faire découvrir d’une manière détournée, l’ensemble des collections de la médiathèque. Finalement, malgré l’importance du nombre de seniors dans les habitués de la médiathèque de Dinard, de plus en plus de jeunes sont attirés par ce lieu car tout est mis en place pour répondre à leurs besoins. Lors des fins d’année par exemple, le personnel met à leur disposition des salles de travail et des ateliers révisions pour les aider à réviser leurs examens et cela permet de lutter à grande échelle contre les inégalités sociales. La lutte contre les inégalités sociale et pour la démocratisation des savoirs fait donc partie d’une politique globale des établissements et des collectivités.

1 RABOT, Cécile, 2015. Les médiathèques pour tous ?, Informations sociales.

2 BONACCORSI, Julia, 2001. Le livre déplacé, une bibliothèque hors-les-murs. Communication & Langages.

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